L'histoire d'Emmanuel

L'histoire d'Emmanuel

Kibungo, Rwanda

J’ai reçu le pardon et la guérison pour des choses que j’avais faites.

Dans un petit village du Rwanda, à Kibungo, Kyle Jaster a rencontré Pariti Emmanuel. Il a écouté l'histoire d'une vie transformée et à nouveau remplie d'espoir après le terrible, violent et tragique génocide rwandais.

J'ai découvert l'histoire d'Emmanuel en 2015. Il avait envoyé une lettre aux bureaux d'Alpha au Rwanda. La lettre était brève - deux paragraphes en tout - elle résumait les vingt-et-unes dernières années de sa vie. C'était simple. Si simple que c'est après la deuxième ou troisième lecture que je commençais à comprendre le sens profond des mots que j'avais sous les yeux.

Dans cette lettre Emmanuel explique avoir passé quelques années en prison pour des crimes qu'il avait commis lors du génocide en 1994. Et c'est pendant ce temps en prison qu'il a rencontré Jésus, qu'il est devenu chrétien et a pu demander pardon aux proches des personnes qu'il avait tuées.

Emmanuel témoigne de comment Alpha l'a aidé à cheminer, et explique qu'aujourd'hui il aide à lancer des parcours Alpha dans différentes églises de sa communauté.

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C'était un témoignage fort. J'étais touché. J'étais troublé. J'avais du mal à croire ce que je lisais, et je voulais en savoir plus.

Six mois plus tard, assis à l'ombre d'une petite maison au coeur du village d'Emmanuel, il me racontait son histoire :

"Je m'appelle Emmanuel Pariti et j'ai participé au génocide contre les Tutsis en 1994. J'ai tué de nombreux Tutsis sous les ordres de mauvais responsables."
Emmanuel a grandi dans une famille Hutu, dans un village non loin de celui où il vit actuellement, dans la région est du Rwanda.

Le Rwanda a vécu plusieurs années de conflits et d'agitation précédant le génocide de 1994, et ce en raison de divisions entre les peuples Hutu et Tutsi... Le 7 avril 1994, un massacre de 100 jours s'en suit, et conduit plus de 800 000 Tutsis à la mort, laissant le pays dans le chaos.

A la fin du génocide en juillet 1994, Emmanuel fut arrêté pour avoir pris part au massacre. Il fut alors envoyé en prison où il passa les six années suivantes de sa vie avant les tribunaux gacaca - un système judiciaire conçu pour travailler aux côtés du Tribunal Pénal International pour le Rwanda, qui s'occupe du nombre élevé de prisonniers lié au génocide et qui travaille à la reconstruction de la nation.

Pour permettre au Rwanda d'avancer en tant que pays après ce tragique évènement, il était devenu important pour la population de se réconcilier - d'être capable de vivre ensemble en paix. Pour cette raison, les prisonniers étaient encouragé à dire la vérité sur ce qu'ils avaient fait dans l'intérêt d'un dénouement et d'une réconciliation. Emmanuel explique : "J'ai dit la vérité pendant les tribunaux gacaca et j'ai été condamné à dix ans de prison". Néanmoins parce qu'Emmanuel était disposé à dire la vérité, et parce qu'il avait déjà passé six ans en prison, il a été autorisé à travailler dans le service communautaire les quatre dernières années.

En prison, les autres détenus ont invité Emmanuel à suivre un Parcours Alpha. Remarquant une différence chez ces camarades prisonniers, il décida de s'y rendre. Mais la vie en prison était complexe. Même s'il se sentait encouragé par les Parcours Alpha, Emmanuel avait des difficultés à faire face à toutes ces choses qu'il avait faites, et n'était pas capable de s'engager complètement. Emmanuel réalisa qu'il avait besoin de dire la vérité sur ce qu'il avait commis. "J'ai écrit une lettre demandant le pardon des proches des personnes que j'avais tuées... et j'ai retrouvé la paix dans mon cœur".

Malgré la paix retrouvée en écrivant ces lettres en prison, les expériences d'Emmanuel en dehors des barreaux se sont avérées difficiles et déroutantes. "Quand je suis revenue à la civilisation, j'ai découvert de nombreuses situations attristantes. Ma femme avait deux enfants qui n'étaient pas les miens." Faire face au monde extérieur de la prison s'est avéré de plus en plus difficile pour Emmanuel. "Je ne trouvais plus la paix. Je continuais de me demander comment j'allais vivre aux côtés des survivants du génocide. C'était une grosse question et un vrai problème pour moi. Je n'aimais pas rencontrer un survivant. Dés que j'en croisé un je me cachais. Je préférais rester avec mes amis Hutus et ceux qui avaient aussi participé au génocide. Voilà dans quel état d'esprit j'étais à mon retour. Mon cœur était rempli d'angoisses, de solitude et de peur."

Se rappelant les encouragements qu'il avait reçus lors des Parcours Alpha en prison, Emmanuel décida de contacter l'aumônier en charge d'Alpha, et reprit les parcours. "J'ai appris que Jésus pardonne, et j'ai expérimenté l'Amour comme je ne l'avais jamais vécu auparavant. J'ai alors réalisé que j'avais besoin de pardonner ma femme comme j'avais moi-même été pardonné, même si j'avais tué des personnes. J'ai alors pardonné ma femme et je me suis occupé des enfants."

Ayant vécu une véritable liberté et paix dans ses relations restaurées par Dieu, et à présent réconcilié avec sa femme, Emmanuel décida de saisir une nouvelle chance de demander pardon aux proches des victimes, mais cette fois en personne. Avec l'aide de son pasteur - auparavant aumônier - Emmanuel alla trouver Vincent pour lui demander pardon d'avoir tué sa mère et sa grand-mère.

Alors que j'écoutais attentivement cet incroyable témoignage, Vincent dont la mère et la grand-mère avaient été tuées, était assis à côté d'Emmanuel. Vincent expliqua sa difficulté de voir arriver Emmanuel pour demander pardon pour l'épreuve qu'il avait fait traverser à sa famille lors du génocide. Néanmoins il sentit que c'était important de pardonner Emmanuel. "Pour le bien de l'unité et de la réconciliation, j'ai dit à Emmanuel qu'il ne devait pas être gêné de venir me rencontrer. Même de dire ces mots à quelqu'un comme Emmanuel qui avait commis de telles atrocités, ce n'était pas simple. Mais j'ai réalisé qu'en mettant le Seigneur au centre, tout est possible, c'est comme ça que j'ai décidé de pardonner et d'apprendre à vivre ensemble."

Aujourd'hui Emmanuel et Vincent vivent dans le même village - un village d'unité et de réconciliation construit pour les survivants et les auteurs du génocide. Ils ont noué des liens d'amitié, et aujourd'hui Emmanuel peut affirmer "je ne ressens plus la honte et la gêne que je ressentais auparavant. J'ai compris que Jésus pardonne, et depuis j'ai la paix dans mon cœur."

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